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Myriam Antaki, Femme d’ici, femme d’ailleurs

Art Sud

Par quel miracle ose-t-on aujourd’hui encore fouiller les vestiges d’un Empire, faire parler une princesse dont nous suivrons la trace sur le sable tantôt chaud et protecteur, tantôt rugueux et blessant du désert de Palmyre ? Ce miracle a un nom, celui de Myriam Antaki, princesse elle-aussi et reine sans doute par l’écriture et la musique qu’elle sait conjuguer avec élégance dans un tissu serré d’images pleines et chatoyantes.

Myriam Antaki est née à Damas, mais c’est à Alep sur les contreforts de la citadelle, blonde dès les premières chaleurs, que cette femme apprend des oiseaux, des pierres et des plantes grimpantes la savante leçon de sculpter sa langue. Vivante et belle en son palais, Myriam Antaki réalise le paradoxe d’être une de ces femmes d’Orient, au regard d’un bleu d’opale qui semble venir d’une source du désert au passé immémorial, tout en étant tendue comme un arc vers un aujourd’hui des plus ébouriffants, celui des métropoles agitées de l’Occident. Ce que certains vivraient sans doute comme un défi permanent est vécu par elle dans la plus grande sérénité, dans une sorte de grâce car cette femme est d’ici et d’ailleurs sans aucune contradiction.

Voici aussi ce que nous conte son livre publié chez Grasset sous le titre "Souviens-toi de Palmyre". Ce roman n’est pas une invitation au souvenir mais une tendre injonction, un doux ordre, un impératif presque catégorique : la dureté prend toujours chez Myriam Antaki des chemins de traverse. Sous les brillants atours d’un monde mythique, circule les douleurs et les blessures de Zénobie, femme du troisième siècle de notre ère ? Femme d’aujourd’hui !

L’auteur saisit la petite fille des sables par la main et l’accompagne jusqu’à son dernier asile, celui de l’exil le plus humiliant, à Rome sous le règne d’Aurélien. Myriam et Zénobie se souviennent ensemble d’une enfance qu’elles ne cessent de consoler, toutes deux filles de Syrie elles se guident l’une l’autre dans le labyrinthe de leur double vie.

Ce récit est un récit de mémoire, celui d’une mémoire qui tente de se reconstituer par l’évocation des amours déçues, des chemins non suivis, des mots à peine prononcés. La mémoire est ici semblable à un fleuve puissant dans le flot des scènes évoquées mais parfois aussi étranglé par un chaos de pierres noires et terribles que le c ?ur et l’âme ne cessent de vouloir soulever pour le délivrer sans jamais y parvenir. Mais que serait le fleuve sans ces entraves ? Il faut à la mémoire l’impact violent de la pierre pour mesurer sa force et sa motivation. Or le récit est chargé de pierres parfois brutes, parfois précieuses, fines et transparentes, denses et dures, émeraude ou basalte. Le roman de Myriam Antaki est un roman mésopotamien au sens étymologique du terme, car il suit un fleuve et s’interrompt au moment d’entrer dans un autre fleuve, dans l’entre-deux de la mémoire qui attend le lecteur pour poursuivre le voyage à travers lui, en empruntant ses canaux personnels, ses voies intimes où coule un commun secret.